Dis-moi, élève, il est où ton esprit ?

Un article des Cahiers Pédagogiques a retenu mon attention. il est signé de Serge Pouts-Lajus (président de l’association Education et territoires) et s’intitule “Non, le cerveau n’apprend pas !”

Serge Pouts-Lajus dresse d’abord un état des relations entre enseignants et neuro-scientifiques : “Les partisans des NSC y voient un encouragement à aller de l’avant tandis que d’autres s’interrogent à propos de cette science qui ne fait que démontrer des résultats déjà connus ou triviaux…” Mais le passage qui a le plus retenu mon attention est la paragraphe “Abus de langage ?” :

la littérature des NSC, dont les publications des Cahiers pédagogiques citées plus haut, fourmillent d’expressions telles que : « le cerveau apprend », il « se souvient », il « pense »… Abus de langage ? Sans doute car ce n’est évidemment pas le cerveau de Jean qui apprend mais Jean, personne et sujet de l’apprentissage. C’est ainsi du moins que la plupart des enseignants considèrent leurs élèves : comme des sujets et non comme des cerveauxAccepter l’abus de langage revient à identifier le sujet à son cerveau, à céder à un neuro-essentialisme [1] auquel on est en droit de ne pas adhérer. La science se fait ici l’alliée d’une philosophie qui situe l’esprit dans le cerveau et s’oppose à une autre qui le situe aussi à l’extérieur, non seulement dans le corps tout entier mais dans l’environnement, les interactions sociales, l’histoire [2]. Le choix du cerveau apprenant contre le sujet apprenant ne relève donc pas d’un débat scientifique mais d’un débat philosophique.

Dans la suite de son article, Serge Pouts-Lajus s’interroge sur le “pouvoir de la preuve”, seulement effectif “dans un domaine où la science est pleinement compétente”. Sans rejeter les apports potentiels des neurosciences en éducation, il pose la question : la pédagogie est-elle un de ces domaines ?

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