L’urgence républicaine ???

Un article de l’Obs rapporte les nouvelles annonces pédagogiques de monsieur Attal.

Abolition des « textes à trous », test de rédaction à l’entrée en 6e, concours d’écriture : le ministre de l’Education nationale Gabriel Attal a présenté ce vendredi 15 septembre des mesures pour améliorer la maîtrise de l’écrit chez les élèves, une « urgence républicaine » selon lui.

L’article du Nouvel Obs

Je vois plutôt comme urgence républicaine de donner accès à la compréhension de notre monde aux jeunes, et de détruire les inégalités accrues par l’école. « Nous avons un devoir d’exigence et d’excellence », affirme monsieur Attal, et je partage complètement son propos. Mais ce n’est pas en se focalisant sur la façon de former ses lettres que nous allons “relever le niveau”. Oui, ce serait chouette que tous nos élèves sachent écrire de façon fluide, harmonieuse et correcte. Mais ce n’est pas le cas du tout. Et le problème est d’ampleur, car c’est un problème de société. Alors soit on se dit qu’on va obliger tout le monde à écrire, sans se soucier des capacités réelles de ces enfants (et on va les épuiser, ce qui les empêchera de réfléchir et les dégoûtera des savoirs, qu’ils penseront impossibles à atteindre), soit on s’adapte, ce qui est la clef pour emmener chacune et chacun le plus loin possible, en respectant les individus et en se donnant la possibilité, ainsi, d’être véritablement exigeant.

Abolir les textes à trous est un moyen sûr de faire échouer mes élèves d’ULIS, par exemple. Mais ils et elles ne sont pas les seuls à ne pas pouvoir écrire comme l’aimerait notre ministre. Et même parmi les élèves “ordinaires” sans notification de besoins particuliers, on en trouve pour qui cela serait une souffrance. A part accroître encore les écarts, je ne vois pas à quoi servirait une telle mesure. C’est bien dommage : certes beaucoup de mes élèves écrivent difficilement, douloureusement ou de façon illisible, mais ils et elles raisonnent. Les privera-t-on d’exercer leur intelligence, tous ces jeunes, au nom d’un objectif aussi superficiel, à une époque où écrire à la main est de plus en plus rare et peut être contourné sans difficulté ou presque ? Attention : je ne prône pas du tout d’abandonner l’enseignement de la graphie, de l’orthographe et de la grammaire. Je ne souhaite absolument pas la disparition des travaux de compréhension et d’invention d’écrits. Je voudrais une réflexion en profondeur, la recherche de sens, une stratégie humaniste, au long terme, pensée avec nous, enseignants, qui savons ce que nous faisons et pourquoi nous le faisons, et au bout faire progresser le plus possible tout le monde : les coureurs de fond comme les sprinteurs. Et aussi les marcheurs, et même ceux qui restent sur le banc : ils ont aussi leur place.

Encore une fois, la source des difficultés est ignorée : tu fais des fautes ? Fais des dictées ! Tu écris mal ? Ecris davantage ! Mais non : c’est enseigner, qui doit être au coeur. Il nous faut du temps, des personnels formés et motivés, des moyens pour permettre à toutes et tous nos élèves de progresser en profondeur. Un tel discours est encore une fois preuve de la méconnaissance de notre métier. Enseigner n’est pas évaluer, ni dresser. L’ “urgence républicaine”, elle est de donner les moyens d’être des citoyen(ne)s éclairé(e)s et épanoui(e)s. Elle est d’émanciper, de permettre de vivre dignement et ensemble, de donner les outils pour réfélchir. Pas de s’arrêter à des faux semblants.

Ca me rappelle un prof de sport au collège, qui, lorsque j’avais une crise d’asthme, me disait : “Mais respire !” alors que j’avais besoin de ma ventoline, à court terme, et de poursuivre ma désensibilisation, à plus long terme. Il aurait pu, en amont, chercher à m’amener aux mêmes activités de façon adaptée. Pour cela, il aurait fallu anticiper et réfléchir, plutôt que de réagir de façon simpliste, en s’énervant parce que ça le stressait que je ne respire pas. Et moi, j’aurai eu confiance. Je ne me serais pas détournée du sport pendant si longtemps, et j’y aurais pris plaisir, même.

One comment

  1. Je suis tellement d’accord avec tout ça !
    Faire confiance à l’expertise des enseignants serait un bon début. Car tout le monde, pour avoir été à l’école, semble savoir mieux que nous, enseignants, ce qu’il faut faire !

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