Un moment de coopération, naturellement

En revenant du salon de la pédagogie Freinet, je discutais avec mon mari, et un moment qui m’a plu m’est revenu en mémoire, qui me semblait dans le thème. En fait, c’est un moment très important dans l’histoire de ma classe, et il s’est déroulé… hier. Mais comme c’était ma dernière heure du matin, après trois heures à être observée dans le cadre de la préparation au CAPPEI, elle était passée au second plan dans mon esprit. Pourtant, c’est une heure qui correspond exactement à ce que je recherche depuis le début de l’année.

Vous avez un moment, là ? Si oui, je vous raconte.

Les élèves étaient très fatigués, après ces trois heures, que la majorité d’entre eux et elles avaient passées avec moi. Ils avaient travaillé dur, plus dur encore que d’habitude, sans doute parce qu’il y avait du monde dans la classe. Alors après une petite pause (je vais bientôt faire un article sur les pauses, d’ailleurs), je leur ai proposé un Portrait d’enfant, d’un pays que plusieurs élèves m’avaient réclamé : le Japon. Nous avons visionné le reportage sur une jeune sumo, et les élèves se sont attelé à remplir le document qui va avec cette activité. Ils commencent à bien connaître l’activité, le document et mes attendus.

Sauf que là, ça s’est passé différemment. D’habitude, les élèves vont chacun(e) sur tablette ou ordi et complètent, puis confrontent leurs trouvailles pour que nous synthétisions. Cette fois, sans que j’intervienne, une élève est allée chercher le livre sur les drapeaux, s’est faite aider par un de ses camarades pour comprendre comment chercher dedans (il lui a montré le sommaire et lui a expliqué comment ça marche), et ensuite ils ont réfléchi à “où il est le milieu du rond” (j’ai fait refiormuler avec une patience dont je suis très fière), un autre s’est attaqué à gratter le Japon sur la carte du monde à gratter (mais pour ça il a dû lire à peu près la moitié des pays du Monde avant de trouver le japon, et a fini par demander de l’aide à son copain), une élève est parti sur sa tablette pour trouver le nombre d’habitants mais a eu besoin de ses camarades pour comprendre le très grand nombre qui s’affichait, et vérifier que 122 420 00 et 122,5 millions étaient deux propositions compatibles et du même ordre de grandeur. Après avoir gratté, mon gratteur s’est attaqué à la monnaie (et a été longtemps perplexe avant d’oser demander comment ils faisaient pour utiliser un animal pas cool comme monnaie, au Japon : hyène-yen). Pour la capitale, une élève très réservée est allée voir un élève autiste dont un intérêt spécifique est le Japon, et qui a su tout de suite lui répondre : quelle est la capitale du Japon et quelle langue y parle-t-on ?

Tout ce petit monde a mis en commun ses trouvailles. C’était super chouette, et toute fatiguée par une matinée et une semaine assez éreintantes, j’ai simplement observé ces jeunes gens, qui n’avaient pas du tout besoin de moi. Ils ont ajouté ce que la jeune Japonaise n’aime pas, des spécialités culinaires, des observations sur sa maison. J’ai bien veillé à me faire oublier… Mais en fait je crois que les élèves ne m’ont pas oubliée du tout : ils et elles savaient simplement qu’il n’y avait pas besoin de moi dans le tâche, et semblaient ravi(e)s de s’organiser tout(es) seul(e)s. Une fois tous les éléments regroupés au tableau, j’ai simplement validé : c’est impec.

Nous avons fini plus tôt ; alors j’ai autorisé une pause de fin, et tout le monde a pris un dessin du livre de dessins du Japon, et s’est installé à la table de l’élève autiste, qui souvent s’isole, mais a aussi envie de ne pas être ignorée, naturellement. C’était calme, tranquille. Les élèves se donnaient des conseils de couleurs à utiliser, se congratulaient pour la beauté du coloriage, et toutes et tous avaient le sourire.

Moi aussi.

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