Aujourd’hui, nous résolvions un problème de mathématiques. Les élèves avaient le droit à la calculatrice : il fallait opérer par tâtonnements, et mon objectif n’était pas le calcul mais le mouvement vers la recherche, la gestion de l’incertitude.
K était là. Cela fait deux ans que je travaille avec K. Elle est reconnue dyscalculique. Lorsqu’elle est arrivée dans le dispositif, 1+2 donnait des résultats très différents d’une fois sur l’autre, même sur des questionnements à peine espacés dans le temps : elle n’allouait aucun sens au nombre, n’associait pas les mots-nombres aux écritures chiffrées, etc.
Nous avons travaillé dur. Nous sommes entrées par les automatismes, que nous travaillons très très régulièrement. Elle s’implique à chaque heure, sur chaque tâche. Elle connaît ses difficultés, ses besoins. Elle est toujours constructive, curieuse, et en plus souriante.
A un moment donné, ce matin, nous avions presque abouti. Il fallait juste trouver un nombre qui, additionné à 20, donne 250. Un élève claironne joyeusement une proposition : “180 ! Je sais, moi, c’est 180, ça marche.”
Là, K fait non de la tête.
– Tu n’es pas d’accord, K ?
– Non. Ça ne marche pas, 180.
– Pourquoi ?
– 180 plus 20 ça fait 200. Pas 250.
Elle me regarde droit dans les yeux et m’adresse un sourire désarmant.
– Tu vois, tes exercices qu’on fait le matin avec les compléments, bah ça marche.
L’émotion m’a submergée. Pour une fois, je me suis tue. K a réussi à suivre tout le temps de la résolution du problème. Elle a en plus réussi un calcul de tête bien au-delà de 10. Je ne sais pas si vous vous rendez compte, en me lisant, mais c’est renversant.
C’est magnifique.
Souvent, je dis à K, en lui tapotant d’un doigt le crâne : bin dis donc, y en a, là-d’dans…
Là, elle m’a dit :
– Bah ouais, t’as raison, y en a là-d’dans…

